11 octobre 2008
INTERVENTION DE SAÏD SADI SUR LE PROJET DE LA LOI DE FINANCES 2009
L’analyse du projet de la loi de finances qui nous est présenté n’apporte pas d’informations en termes de développement mais éclaire considérablement sur les intentions politiques du régime.
Compte tenu de l’usage fait de ces institutions, les augmentations des budgets des ministères de l’intérieur, des moudjahidines et de la solidarité nationale renseignent sur les politiques autoritaristes et clientélistes qui attendent le pays.
Par ailleurs, la muraille administrative que propose ce projet à travers la multiplication de nouvelles wilaya sur nos frontières donne un aperçu sur le positionnement géostratégique régional du pouvoir.
Pour le reste, il suffit de voir comment les propositions alternatives de l’opposition démocratique sont détournées et manipulées pour comprendre que le système politique gère sa pérennité au détriment de la nation.
Au lieu de mettre un système politique au service du pays, les dirigeants mettent l’Algérie au service du régime.
Listing de turfiste de luxe qui engage les ressources familiales dans des mises sans en suivre les résultats, le projet de la loi de finances 2009 ne déroge pas à la règle des annonces sommaires, expéditives et surtout incohérentes qui sont présentées à l’Assemblée depuis maintenant 10 ans.
On peut d’ailleurs dire que, comme toutes les années précédentes, nous aurons droit à une loi des finances complémentaire car il est bien évident que ni les chiffres ni l’évaluation des besoins présentés dans ce document ne sont fiables.
Lorsque l’on a une approche exclusivement rentière de la gestion nationale, on peut comprendre la phrase prononcée récemment par l’un des tous premiers responsables de la finance algérienne qui résumait la situation des affaires publiques par ces mots : « nous pouvons être tranquilles, nous avons de quoi dépenser pour trois ans. »
Et comme les autres années, cette assemblée va, une fois de plus, violer la Constitution
Mais comme l’ancien chef du gouvernement est parti sans avoir présenté son bilan et que l’actuel n’a pas estimé utile d’exposer son programme devant l’assemblée, il n’y a pas de raison que l’on change à l’occasion d’un projet de la loi des finances des pratiques qui sont à la fois l’expression et le fondement d’un régime politique qui se pose en héritier tutélaire de la nation.
Ce n’est donc pas ce que contient comme données chiffrées ni objectifs économiques ce projet de loi qui est important à considérer mais le message politique qu’il délivre : il n’y aura ni rigueur dans l’étude, ni transparence dans la gestion, ni contrôle dans l’exécution de l’action gouvernementale et sur le plan international, la tendance est plus que jamais au repli sur soi ; c'est-à-dire à une prédation jouée à guichet fermé.
Les catastrophes ont beau se succéder, le système est toujours là, avec ses troupes interchangeables, cyniques et incompétentes.
- Al Qaida ensanglante le pays en actionnant des éléments recyclés en kamikazes par la funeste réconciliation nationale , les responsables refusent le réel et cultivent la fuite en avant. Le chef du moment doit être glorifié quitte à le vilipender quand il a le dos tourné ou le vouer aux gémonies quand il ne sera plus en poste.
- Les désastres de Boumerdes, de Bab el Oued ou du port d’Alger ont beau endeuiller le pays, il n’y a ni vrais responsables ni vrais coupables ni même démission. Les agents en cause sont de la secte, ils sont intouchables.
- Quand les gendarmes exécutent des jeunes en Kabylie, la justice s’évanouit et le gouvernement distribue des enveloppes d’argent pour faire sécher le sang.
- Pourquoi s’étonner de la terrible et désolante incurie de l’administration dans la wilaya de Ghardaïa lors des dernières inondations ? Du point de vue du régime le wali, issu de la tribu élue, exécute convenablement son mandat.
N’a-t-il pas persécuté, dès le premier jour, le président d’APC de Beriane parce qu’il est militant du RCD ?
N’a-t-il pas réveillé la fitna au Mzab et laissé des dizaines de familles qui ont fui leur demeure sur le bord des routes en plein été dans le désert ?
Le régime n’installe pas des commis de l’Etat pour respecter et faire respecter la loi, écouter le citoyen et veiller à la stabilité et la crédibilité des institutions ; depuis dix ans les agents de l’Etat sont missionnés pour consolider les sectes au pouvoir, réprimer et spolier.
Pas une proposition qui relève du développement n’est inscrite dans une mise en perspective qui enchaîne les phases de conception, de programmation, d’exécution, d’évaluation et de finalisation.
Pendant que le monde se cherche de nouveaux repères et concepts de gestion, une soviétisation économique digne des années 70, vient d’être annoncée par le nouveau chef du gouvernement. Assimilant bureaucratie et régulation du marché, l’initiative ne peut même pas s’appuyer sur un appareil permettant d’encadrer sa réalisation. Plus grave et dévoilant une navigation à vue dévastatrice, elle renie toutes les postures d’ouvertures affichées pendant les années précédentes et qui, elles, relevaient en fait de l’économie de bazar.
Pourtant, nous avons à faire au même personnel, au même régime et nous sommes, en principe, face au même programme. Chaque fois que l’on interpelle les responsables sur le sens et la portée de leurs actions, la réponse est invariable : nous sommes là pour appliquer le programme de son Excellence le président de la République.
Mais que propose donc ce programme ?
Le laxisme qui a livré l’économie nationale à des aventuriers étrangers pendant des années ou les bravades collectivistes qu’on nous propose aujourd’hui ?
Ce peut être l’un ou l’autre mais en aucune façon les deux à la fois.
Un programme qui propose une chose et son contraire, sans bilan ni explication, ne peut être, dans le meilleur des cas, qu’un catalogue de slogans soumis aux aléas des appétits clientélistes.
Actuellement, on nous assure avec un aplomb d’une rare indignité que nos placements à l’étranger échappent à la crise financière qui déstabilise le monde.
Cette arrogance n’est pas nouvelle.
J’étais prisonnier à Lambèse en janvier 1986 quand El Moudjahid ouvrait sa « une » sur une annonce qui décrétait que l’Algérie ne serait en aucune façon affectée par la crise des hydrocarbures de l’époque. Deux années plus tard le sang coulait dans les rues d’Alger et le pays se trouvait en quasi banqueroute.
Aujourd’hui, un pays dont les recettes en devises dépendent à plus de 98% des hydrocarbures échapperait à un contexte mondial délétère qui a ébranlé toutes les places financières où nous avons placé nos avoirs.
On n’est plus dans l’incompétence ou la censure mais bien dans l’escroquerie institutionnelle, voire la forfaiture.
Il n’y a pas si longtemps, on nous annonçait sur un ton que beaucoup croyait être de la dérision que la grippe aviaire ne toucherait pas notre pays. Des citoyens décèdent et aucune étude épidémiologique n’est faite pour évaluer l’incidence de ce fléau sur notre pays.
Autre domaine, on vient de faire voter une loi fixant les conditions et modalités de concession des terrains relevant du domaine privé de l’Etat .A ce jour, le pays n’a pas engagé le moindre débat sur le foncier agricole et industriel. Jamais l’aménagement du territoire qui doit déterminer la répartition , l’occupation et l’usage de l’espace rural et urbain n’a figuré au menu des grandes discussions nationales.
A ce propos et, pour bien montrer que la prospective et l’anticipation des grands dossiers sont le cadet des soucis du pouvoir, l’actuel projet de loi des finances nous apprend que l’aménagement du territoire se voit alloué une enveloppe de 5 milliards de dinars alors que le ministère de la solidarité nationale, c'est-à-dire celui du troisième mandat, est doté de la somme de 85 milliards de dinars soit 17 fois plus.
Boudiaf disait l’Algérie avant , l’actuel pouvoir répond : la corruption avant à chacun ses priorités.
Aucune réforme structurelle n’apparaît dans ce texte. Sur ce registre, la recette du pouvoir est maintenant bien rodée et reste invariable : se saisir, pour mieux les polluer, des propositions de l’opposition démocratique.
Pendant que le RCD dit et répète que l’époque des concentrations administratives et des monopoles politiques est historiquement condamnée et qu’il appelle à une régionalisation pour manager les institutions par la démocratie de proximité, le pouvoir répond par un démembrement territorial inspiré par les doctrines sécuritaires et la distribution de la rente.
Le nouveau découpage ne concernera, en effet, que les régions frontalières et celles dont les recettes fiscales peuvent élargir le cercle des clientèles.
La concentration administrative à nos frontières signifie que le pouvoir algérien n’est pas dans la perspective de la construction de la fédération des Etats nord-africains annoncée par la conférence de Tanger en 1958.
Sur le registre parlementaire, dès le début de la mandature, le RCD avait appelé à la réalisation d’un siège pouvant abriter une représentation nationale digne de ce nom. Nous avions également demandé que le parlementaire dispose d’un bureau pour étudier ses dossiers et écouter ses concitoyens, qu’il puisse ouvrir une permanence animée par un attaché parlementaire capable d’enregistrer les doléances de sa circonscription pendant qu’il est en session.
Une fois de plus, une demande démocratique est pervertie. La réponse sera une augmentation insultante du salaire du député au moment où le monde du travail et les retraités voient leur pouvoir d’achat fondre quotidiennement.
Comment trouver lisibilité et cohérence dans un projet de la loi de finances inspiré par une culture politique fondée sur la rapine, la cooptation et le clientélisme.
Opacité, arbitraire, corruption, tribalisme et improvisation sont plus que jamais les marques de fabrique du système.
En vérité, ce projet de loi est un financement implicite d’une révision humiliante de la Constitution
Beaucoup s’interrogent sur les raisons qui ont conduit un système politique à détruire un pays qui pouvait être l’une des réussites démocratiques les plus accomplies dans le sud.
Le calcul du régime est simple. Pour rester au pouvoir en toute impunité, les dirigeants ont dévitalisé le pays en privant le peuple algérien des ses élites réduites à émigrer en masse et de toute possibilité d’organisation autonome.
Il suffit de voir le traitement réservé à notre communauté émigrée, au moment où tous les Etats impliquent leur diaspora dans le développement national, pour mesurer l’ampleur du rejet des compétences et des opinions qui refusent la soumission.
Monsieur le président,
Messieurs les membres du gouvernement,
Nous savons bien que notre démarche vous semble naïve, qu’elle agace ou, pire, qu’elle suscite en vous cynisme ou mépris. Surs d’avoir anéanti le peuple et brisé l’Algérien par la peur et la faim, vous vous sentez forts et seuls sur scène. Vous vous trompez.
Tous les régimes qui ont investi l’arbitraire et la corruption comme levier de leur stratégie ont fini dans la poubelle de l’Histoire.
Par ce que nous sommes des militants conséquents avec leurs convictions ;
Par ce que c’est dans les périodes de régression morale qu’il faut veiller à préserver la dignité de la Nation
Par ce que les générations futures doivent savoir que même quand la cupidité et la peur ont soumis la nation, il y a eu des femmes et des hommes qui ont gardé le sens de l’honneur ;
Nous voterons contre ce financement inavoué d’une révision de la Constitution la Soummam la Résistance la Nation.
A vous les hydrocarbures à nous l’Histoire.
Merci.
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